Dekrypton : Campagne publicitaire Canal + made in BETC

Le mois de Mai est une période capitale pour Canal Plus, chaîne majeure du paysage audiovisuel français. Comme chaque année, le Grand Journal est délocalisé à Cannes, pour suivre le festival de cinéma le plus médiatisé au monde, rien que ça. Pendant ce temps là, les stagiaires restés dans le Nord et l’agence BETC Paris répandent la nouvelle campagne publicitaire sur l’ensemble de la capitale. Cette année, le mythique symbole + est utilisé dans un style minimaliste pour présenter les neufs films à succès programmés pour les mois à venir.

Parmi eux, Man of Steel, Star Trek Into Darkness ou encore Wolverine. Ces quelques films puisant leurs sources dans les comics ou la SF sont un pretexte suffisant pour aborder le sujet sur Crocgeek, et c’est pourquoi je laisse quelques minutes de répit à ces prints avant de venir leur expliquer ce que je pense de leur design.

Nous allons commencer par le plus évident, la notion de symbole. Chaque film est représenté par un élément clair qui nous permet de reconnaître (normalement) l’oeuvre d’u premier coup d’œil. On a ainsi le minion de Moi moche et Méchant, la trace de pneu de Fast and Furious et… attendez.. la soutane de Gatsby ? Une barre de chargement pour Les Garcons et Guillaume à table ? La chaîne de Booba pour The Bling Ring ? Certes je m’enflamme, mais ce n’en est pas moins révélateur d’une incohérence. La notion de minimalisme doit évoquer des symboles claires, afin de garantir une unité d’un print à l’autre pour une compréhension correcte. Or ici, il faut jongler entre l’objet, c’est l’exemple de Man of Steel, et la métaphore ou du moins le symbole, comme les croix roses et bleues symbolisant l’homosexualité dans La vie D’Adèle. L’idée n’est donc pas assumé et c’est ce qui nécessite la présence du titre du film. Sans le titre, l’affiche de Star Trek pourrait être celle de Star Wars, Fast and Furious celle de Need for Speed, et Wolverine, un quelconque film de loup garou. En d’autres termes, BETC n’a selon moi pas réussi à tirer l’essence de chaque film de telle sorte qu’il puisse être reconnaissable sans le moindre doute. Ainsi, le traitement d’un film sur l’autre est inégal, certains prints me touchent bien plus que  d’autres dans cette série.

L’exemple d’une campagne de ce type, mais réussie, peut être Notorious Baldies de Fernando Perotonni, série de visuels dédiée aux crânes de personnages de fictions chauves, désormais mondialement connus.

Naturellement, je vais me faire insulter, car oui c’est dur de représenter neuf films avec un simple pictogramme décliné mais pour les couleurs on fait quoi ? L’association du bleu et du marron pour Wolverine me laisse perplexe. Le héros bien connu de Marvel a toujours été représenté chez Marvel en jaune et bleu, donc pourquoi choisir de telles couleurs ? Personnellement, si j’avais du travailler sur ce sujet, je pense que j’aurais réalisé des rouflaquettes noires ou bleues qu’importe, sur un fond jaune, ou alors le X qu’il arbore fièrement sur ses pectoraux.De la même manière, le minion me parait affreusement éloigné de l’original. On dirait ces robots que l’on essayait de dessiner en primaire, armés de notre règle et notre crayon papier.

J’y suis sans doute allé un peu fort je le reconnais, mais j’ai l’impression que Canal Plus et BETC ont eu les yeux plus gros que leur ventre. La qualité est inégale et certaines des affiches sont bien plus accrocheuses que d’autre, le tout manque d’unité et de cohérence. Pourtant la campagne n’est pas ratée, loin de là. On a plutôt de quoi être déçu quand on voit ce qui a été produit les années précédentes et celles encore avant, ou encore la campagne « j’ai envie de faire un film ». En rassemblant tous ces aspects que nous avons évoqué précédemment, je qualifierai ces prints de faux pas. Néanmoins, tout n’est pas à jeter, BETC et Canal Plus ont voulu innover et se renouveler, ce qui est la marque des plus grands.

Nous tenons à remercier lareclame.fr qui est un des rares sites à avoir toutes les campagnes en bonne qualité, et faciles à trouver. Pfiou, sans eux l’article ne serait pas là à temps.

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2 commentaires

  1. Yop ! *pavé*
    Pour réagir à ton article, je suis globalement d’accord avec toi, les visuels sont inégaux. Si Wolverine ou MMM 2 fonctionnent parce qu’ils reprennent des codes connus (ce qui est le propre de l’icône), ceux de Gatsby ou The Bling Ring restent pour moi de grands mystères.

    Il faut malgré tout éviter de tomber dans un pugilat, l’exercice de style est louable (peu de grandes boites se risquent à proposer des affiches aussi originales) et surtout extrêmement difficile. Le minimalisme, si il semble aux premiers abords l’un des styles les plus simples à mettre en place, révèle sa complexité dans le besoin d’exprimer la même chose pour tout le monde.

    Pour étayer mon propos je vais prendre un exemple : lorsque sur mon affiche je vais dessiner une planète ultra réaliste, tout le monde va la reconnaître en tant que telle, et même lui donner une identité distincte des autres planètes. En revanche, si je commence à la simplifier dans un but de lisibilité, je vais lui enlever au fur et à mesure des détails. Je vais commencer par retirer les plus petits cratères, les nuances de couleurs secondaires, etc. Je pourrais ensuite enlever ses imperfections en ne gardant que l’esthétique de ses anneaux et son cratère le plus identifiable. Ce visuel de planète ultra réaliste va, au fur et à mesure de sa simplification, tendre vers le symbole, c’est à dire une icône, une idée qui pourra représenter des milliers de planètes avec des anneaux et des cratères. Mais si elle représentera de plus en plus de planète, on ne pourra plus lire « ceci est Saturne » mais « ceci est une planète comme il en existe des milliards ».

    On se retrouve donc à jongler entre la simplification (principalement pour la lisibilité, la reconnaissance) et l’identification (qui va perdre en valeur avec l’universalisation de ses formes, couleurs, etc). L’association des idées à partir de symboles universels devient donc une véritable problématique pour le graphiste qui doit jongler entre la lisibilité et la compréhension de l’information.

    Et il s’avère que parfois, pour en revenir à nos affiches, des films ne véhiculent pas d’icône lisible, ou qu’elles soient mal interprétés. On se retrouve donc avec Fast And Furious représenté par une trace de pneu. Mais celle-ci, sans Paul Walker à côté qui faisait sa marque et son identification, devient banale et universelle. Et pouf, on reconnait plus le film.

    Donc voilà, stagiaires de chez Canal+, je veux bien venir vous aider pour vos prochaines campagnes d’affiches, on dessinera des Paul Walker avec des + si vous voulez.

    J’ai bien détaillé ma pensée, en espérant que ça serve à quelques gens qui passeraient sur ce blog. ^^

  2. Un article que j’ai trouvé franchement très intéressant, même si tout comme toi, je trouve que Canal + a très mal géré sa campagne de publicité et que le message qu’ils ont voulu faire passer est raté.
    Au final, l’affiche que je trouve la plus réussi est celle de Star Trek : Into Darkness, même si c’était certainement la plus simple à produire.
    A noter que j’ai beaucoup aimé l’analyse que nous a pondu Aewni sur son blog, qui complète très bien les propos que j’ai pu recueillir chez toi mon cher Croco!
    Vivement le prochain article!

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